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lundi 30 avril 2012

Le vieil homme et la mer


Mémoire


"Mémoire...le moi entouré par la mer(e)..."

Jacques Lacan

Entre loups

Voici la traduction d’un article particulièrement pertinent de Steve Pezman intitulé "Fear and Loathing in the Lineup" publié cette semaine sur le site du The Surfer’s Journal. Il donne des pistes de réflexion pour essayer de comprendre comment le sport des rois a pu dégénérer et entraîner des mentalités xénophobes et des comportements de voyous hélàs sur certains spots et perdre ainsi parfois finalement son âme.


Dans l’ancien Hawaii, les vagues étaient surfées en groupe dans une forme de célébration communautaire, hommes et femmes ensemble, totalement nus. Qu’est-ce que c’était beau !
Cela avait évolué de cette façon en partie du fait du matériel qu’ils utilisaient, essentiellement des planches rectilignes en bois lourd, surfées tout droit jusqu’à la plage, ce qui permettait à de multiples personnes de partager la vague, la longueur de glisse révélant la distance sur laquelle on était capable de suivre cette force porteuse, plutôt qu’une succession de figures. On a assisté à des vagues épiques comme la traversée du Duke depuis Outside, sur 800 mètres jusqu’à Queens, et de là jusqu’à l’extrémité de Canoes, encore une longue distance pour finalement s’arrêter en face de Moana Surfrider. Il y a eu aussi l’exploit légendaire de la Princesse Liliokalani aux Iles Marquises qui a démarré sur une grosse vague au large, l’a surfée jusqu’au rivage constitué d’un bas plateau de lave, avant de se faire emporter par la poussée de la vague, basculée par-dessus l’obstacle et atterrissant derrière dans le lagon où elle cabota progressivement pour finalement glisser gracieusement jusqu’à la vasière lointaine (à noter qu’elle laissa derrière elle son prince sur sa planche quand elle traversa la barrière.)

Tout cela a changé quand les surfeurs ont appris à partir en travers sur la face de la vague. Au lieu de supporter de multiples glisseurs, chaque vague est devenue la possession d’un seul surfeur, car la trajectoire d’un surfeur unique utilisait la face entière de la vague. Cette nouvelle évolution du surf a entraîné l’érosion graduelle du bon esprit d’Aloha qui avait précédemment marqué le Sport des Rois. Mais même alors, la compétition pour les vagues posait rarement problème car il y avait relativement peu de surfeurs par rapport à la quantité de vagues. De plus, parmi les surfeurs les plus talentueux, est arrivé un moment où donner des vagues plutôt que les prendre toutes montrait bien que le surfeur laissant des vagues aux autres était quelqu’un qui n’avait rien à prouver. Plus tard, l’acte de donner des vagues refléta une certaine grâce, l’absence de faim de vague aiguë – qui est généralement le résultat d’une privation et devient une forme de désespérance qui est un signe qui ne trompe pas pour reconnaître un moins bon chasseur [de vague]. L’action de donner une vague devint un geste royal et une marque de grandeur pour encourager un surfeur moins expérimenté : “Avance-toi et prends cette vague. »

Le changement a continué petit à petit, jusqu’à ce qu’à un moment dans les années 1950′s, probablement à Malibu (ce spot de référence précurseur de tendances chez les surfeurs), cela devienne systématiquement brutal. Ce point break de Los Angeles est l’endroit idéal sur lequel rejeter la faute d’être le lieu de naissance probable des vagues surpeuplées et parsemées d’agressivité, même si ça aurait aussi bien pu être le spot de Queens Surf à Waikiki, situé de manière centrale et à juste quelques coups de rame.

Avant ça, quand le respect était toujours en vigueur, la priorité allait au surfeur avec le plus de « sonorité », le résultat d’un acte volontaire de respect de la part de ceux dans l’eau. Ce fut ensuite aux surfeurs les plus techniques de prendre tout ce qu’ils voulaient, laissant les restes aux parasites – les hyènes. A mesure que le niveau augmentait, il y avait de plus en plus d’embrouilles. Le plus imposant, le plus mauvais, le plus rapide, le plus bruyant, en prenait plus que les autres, surtout grâce à des attributs peu attrayants qui diminuaient le plaisir de l’expérience pour tous, y compris pour les combattants.

Les vagues sont ensuite devenues territoriales. A mesure que la pression de la foule à l’eau augmentait, les « locaux » – c’est-à-dire ceux qui avaient gagné ce label en fréquentant un spot si régulièrement qu’ils avaient l’impression d’en être propriétaires, peu importe s’ils venaient de loin – sont devenus méprisants et agressifs envers tout surfeur visiteur. Cela ne voulait pas dire pour autant que la paix régnait entre les locaux. Même s’ils avaient leur ordre de priorité, en fonction de qui était dans l’eau, il y avait de fréquents conflits entre les mâles « habitués », tout particulièrement sur les spots avec des zones de take-off concentrées.

Puis vint la lutte des classes, une nouvelle manifestation du comportement territorialiste humain appliqué au lineup, avec des caractéristiques uniques à l’homo sapiens comme la jalousie, la cupidité et la mesquinerie. Le facteur monde à l’eau est devenu suffisamment sévère pour que les différentes formes de glisse sur les vagues partageant ces mêmes vagues deviennent un problème, surtout si l’une de ces façons de glisser avait un avantage sur les autres. Tout en bas de l’échelle, on retrouve les body surfers. Moins nombreux et gênants que les autres types de glisseurs, ils sont aussi moins mobiles que ceux qui rament sur toutes sortes d’engins de glisse. De plus, les corps mous cohabitent mal avec les objets durs dans une zone de vague dynamique. Les body surfers étaient clairement désavantagés et ont tout bonnement cédé la place, pour aller vers des vagues qui leur revenaient pour différentes raisons allant de leur difformité à leur trop grande puissance pour y surfer avec une planche. La classe juste au-dessus concernait les utilisateurs de petites surfaces de glisse pour réduire la résistance du corps dans l’eau et augmenter ainsi la vitesse sur la face de la vague. Différentes sortes de « hand planes« , de petits bodyboards et de paipos faisaient avancer ce groupe d’enthousiastes. Comme les body surfers, ils étaient plus regardés comme des puristes qui acceptaient le désavantage d’être en grande partie immergés et moins mobiles pour conserver les sensations liées à un matériel de glisse minimaliste. Cela a fait d’eux une catégorie d’usagers qui globalement ne contestaient pas.

L’échelon supérieur sur l’échelle de la taille de la planche a peu de sympathie pour ceux en-dessous d’eux. Les formes de vie inférieures (ou plus petites) ont tendance à se retrouver sur leur chemin quand il sont à l’eau en même temps, et les utilisateurs de planches de surf sont tellement avantagés – par rapport à ceux qui utilisent de plus petits supports – qu’ils font la loi au lineup. Il y a souvent de l’amertume chez ceux qui utilisent de plus petits moyens pour glisser mais elle est généralement contenue et ils fréquentent habituellement d’autres spots moins populaires chez les surfeurs de planches plus grandes, juste pour éviter les disputes. Mais ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas envie de surfer des vagues parfaites de point break, croyez-moi.

Maintenant arrivent les principales forces en présence manifestant la gamme complète des émotions qui vont de la résistance passive à la confrontation physique. Cela a démarré avec la révolution du short board. Des surfeurs plus jeunes et en meilleure forme physique se sont mis à rider des planches moins volumineuses, et par voie de conséquence ils pouvaient être dominés par les surfeurs old-school et empâtés qui continuaient à utiliser des gros long board flottants. Il a fallu des hordes de short boarders pour intimider une poignée de longboarders, comme une meute de loups harcelant un élan, allant même jusqu’à les décourager d’aller à l’eau sur leur spot. La mauvaise ambiance entre les deux écoles était très bien illustrée par une pancarte collée au-dessus du trou des chiottes provisoires à Trestles qui montrait une flèche pointant vers le bas dessinée à la main avec les mots gribouillés « couveuse pour short board ». Typiquement quand les deux types de planches sont dans l’eau ensemble, il y a une ségrégation entre la zone au large et la zone de take-off, les longues planches à l’outside, les petites à l’inside pour les late-takeoffs. Sur les séries, les short boarders attendent de voir ce qui arrive vers eux depuis l’outside, puis ils se retournent et partent sur la vague si personne n’a réussi à la prendre depuis le large, ou si le rider sur la vague se déséquilibre ou laisse un pouce d’espace. Vous pouvez imaginer les blessures et les bagarres qui en résultent, dans l’eau et sur la plage. Les lifeguards à Trestle ont été obligés de porter des armes de poing à une période où un petit groupe de surfeurs durs à cuire venant de Wilmington/Banning avait ressenti que les « locaux » leur avaient manqué de respect et étaient revenus en bande le lendemain. Ah, les joies du sauvetage des temps modernes.

La culture surf qui a suivi a plus ou moins dérivé des deux côtés du courant, dans un état stationnaire pendant quelques années entre la révolution du short board de la fin des années 1960s et le renouveau du long board au début des années 1980s, et au-delà dans les années 1990s. C’était une période où les différentes disciplines de glisse sur les vagues continuaient à faire preuve de malveillance dédaigneuse les unes envers les autres, éclatant occasionnellement en une lutte des classes, mais avec le temps, les protagonistes devinrent un peu plus complaisants, se laissant aller à un état d’esprit d’acceptation, où les autres ne sont pas appréciés, mais tolérés.

Ces dernières décennies, certaines classes d’équipements pour surfer ont été rejetées et carrément reléguées pour devenir invisibles, inconsidérées et totalement négligées. Les wave skis ont subi ce traitement. Mieux acceptés en Australie qu’aux Etats-Unis, ces engins où l’on est assis dessus sont en réalité un moyen assez efficace pour prendre des vagues car la pagaie permet d’avancer vite dans l’eau et de se positionner rapidement avec un avantage maximum. On est également attachés à la taille sur la planche avec des boucles aux pieds permettant toutes sortes d’accélérations et de manœuvres, et on peut s’écraser dans la mousse avec assurance. Le problème est qu’ils sont tellement supérieurs pour prendre des vagues dont ils exploitent ensuite l’intégralité, qu’il n’y a juste aucun moyen de coexister avec le surf sur une planche, et ceux qui sont majoritaires établissent les règles.

Puis il y a eu Laird. Qui aurait pu imaginer en le voyant à Malibu, montré du doigt par des types en combinaisons assis autour de lui, pendant qu’il imitait LeRoy Achoy photographiant des touristes à Waikiki, gardant l’équilibre avec sa pagaie, un appareil photo attaché avec un leash autour de son cou, se tenant droit et ramant avec aisance sur une grande planche, ce qu’il allait déclencher ? Que 36 mois plus tard, il aurait inspiré un mouvement plus grand et plus étendu que tout ce que l’on avait pu voir depuis que Tom Morey avait inventé le body board. Le SUP— ou stand-up paddle (surf debout à la rame), a des centaines de milliers d’adeptes autour du monde et il continue à grandir. Le nœud du problème est l’utilisation d’une « rame ». La rame les désigne techniquement comme « propulsés » et en tant que tels les exclut des zones de surf fréquentées, et entraîne l’adhésion aux règles de l’U.S. Coastguard pour les petites embarcations. Cependant, la notion de planche de surf propulsée est floue et le SUP est devenu si populaire que même les autorités tergiversent sur la question.

Vous savez quoi ? Les surfeurs haïssent généralement les SUPers ! L’exception concerne les watermen qui font les deux. Comme les maîtres des vagues hawaiiens d’autrefois, ils sont plus tolérants. Maintenant, vous comprenez clairement ce qui se passe. C’est dans la nature humaine d’en vouloir à quelqu’un qui a un avantage sur soi dans un jeu pour récolter des choses gratuites dans une compétition ouverte sans arbitres. C’est une bataille pure et simple pour les meilleures zones d’alimentation, engendrant des comportements de meutes de loups dans leur forme la plus primitive, la moins attractive. La loi menace toutes les catégories de surfeurs car si nous ne trouvons pas un moyen de coexister, alors la réglementation s’imposera pour la première fois sur notre terrain de jeu. Les dauphins prennent des vagues ensemble. Nous les humains n’avons certainement pas leur grâce, et de manière encore plus curieuse mais certaine, nous n’avons surtout pas non plus leur sagesse.


samedi 21 avril 2012

Au courant...

On ne le dira jamais assez ici, l'océan est bien vivant.
L'océan recouvre 360 millions de kilomètres carrés, soit 71 % de la surface du globe.
C'est un monde en mouvement perpétuel. Des vagues l'animent. De la chaleur le parcourt. Des marées le font basculer plusieurs fois par jour...et des courants le traversent.

Cette animation de la NASA le montre parfaitement.
Les courants océaniques de surface révélés ici en image de synthèse mettent en lumière toute l'énergie émise par les courants et que l'on ne voit pas à l'oeil nu.
Cela ne peut que donner sens au développement de l'énergie hydrolienne et en tout cas montrer comme l'océan respire...tout comme nous.

L'énergie des courants marins est, sous la surface des eaux, comparable à ce qu'est le vent au-dessus.

Ces images font penser curieusement à La Nuit Etoilée de Van Gogh....tout est Un.

 


lundi 16 avril 2012

Famaresque


"La Terre est le probable paradis perdu"

Federico Garcia Llorca

Surfer la vie

Dans son nouveau livre à paraître le 16 mai prochain, « Surfer la vie – Comment sur-vivre dans une société fluide«, le scientifique pionnier du surf sur la côte basque explique que notre société est en train de changer de visage, alors même que notre manière de la gérer aujourd’hui se réfère à des valeurs et à des comportements totalement dépassés.

Pour Joël de Rosnay, "l’avènement de cette société est inspiré notamment par les sciences qui depuis plusieurs décennies démontre que les liens ou les interactions sont plus importants que les éléments matériels qui constituent notre monde physique ou biologique. Et ce nouveau regard sur le monde nous invite à aborder très différemment les grands défis actuels : économiques, sociaux, environnementaux, civilisationnels."

Pour illustrer l'importance des rapports de flux et l’émergence d’une société fluide, Joël de Rosnay propose un modèle pragmatique et proche de notre vie. Il se fonde sur un « éco-sport », le surf, qui servira de « fil rouge » dans ce livre. Car le surf est plus qu'un sport. C'est aussi un style de vie, un mode de fonctionnement en société. Ce terme est d'ailleurs passé dans le langage courant. En cette période d'élections ne doit-on pas surfer sur les sondages, dans le sens de l'opinion publique, comme si elle-même était une grande vague puissante et déterminée.

Surfer la vie c’est savoir profiter de l'instant, être à l'écoute de son environnement, de ses réseaux, évaluer en temps réel les résultats de son action, sans attendre la fin d'un long processus linéaire de création ou d'adaptation. Surfer la vie est à la fois un jeu, un défi, et une construction de soi. L’échelle des valeurs se déplace : de la concurrence traditionnelle pour s'imposer et réussir, vers la solidarité, l'échange, le partage, qui autorisent à plus de souplesse dans la conduite de sa vie.

Au-delà des égoïsmes traditionnels, propres à toute volonté de pouvoir, est-il possible que soit en train de naître une société plus altruiste, plus empathique, plus soucieuse de l'intérêt commun que de celui de quelques groupes ? C'est ce que ce livre tente de déterminer.

Pour donner l'espoir de construire une nouvelle société s'inspirant des valeurs de la génération montante et de la révolution créée par les outils de la civilisation du numérique, il démontre que le modèle proposé peut conduire à mieux « surfer sa vie » et peut-être à survivre à la complexité et à la violence des sociétés humaines, en s’appuyant sur l’exercice du pouvoir « transversal » (plus de rapports de force, la vraie-fausse révolution du net pourrait nous montrer comment nous construire les uns par rapport aux autres dans la fluidité des échanges et des rapports sociaux.)...que sur le pouvoir « pyramidal » traditionnel.

Un livre de scientifique certes, délicat à digérer peut-être...mais avant tout un livre d'un homme qui à plus de 70 ans surf toujours Parlementia !

     

"La vie est une vague"

Albert Einstein

jeudi 12 avril 2012

Bioluminescence

Comme l’expliquait Taki Bibelas, les vagues sont avant tout de l’énergie qui se transforme.

Parfois, l’énergie des vagues peut se transformer en lumière par le phénomène de bioluminescence. C’est ce qu’illustre parfaitement cette magnifique prise de vue du photographe spécialiste de la vie marine Doug Perrine.


Cette photo, prise en 2010 aux Maldives met en lumière (c'est le cas de le dire !) la réaction chimique naturelle de bioluminescence qui est bien une luminosité naturelle et non artificielle.

On connaissait ce phénomène chez certains poissons d'abysses qui utilisent cette capacité lumineuse pour se défendre, chasser ou se repérer. Mais certains microorganismes du phytoplancton équivalents à des algues, sont donc également capables de bioluminescence quand leur membrane cellulaire est stimulée mécaniquement. Quand ils sont remués par les vagues ou par les courants marins, ils réagissent avec l’oxygène et produisent cette réaction bioluminescente !!...surréaliste n'est-ce-pas ?!

Ce phénomène est malgré tout rare au bord de l’eau et survient pendant « les marées rouges » au cours d’épisodes d’efflorescence algale. D’aspect rougeâtre ou trouble en plein jour, ces « marées » rouges peuvent entraîner des phénomènes de bioluminescence la nuit. On peut observer des marées rouges en Californie, en Floride par exemple. Elles s’accompagnent généralement d’une forte odeur désagréable et d’une mortalité des poissons et autres animaux marins à cause de la déprivation en oxygène qu’elles entraînent et de leur toxicité.
Toutefois, pour le surfeur ou le baigneur, le contact avec la peau peut entraîner des irritations...comme quoi, entre surf et contemplation il faut parfois choisir !